 Pour un budget de rupture, c'est un budget de rupture...+ 12% en 2009. Et 5% à chaque fois sur les deux prochaines années... Ils ont voulu une présidente de gauche, ils l'ont eue », maugréait, lundi dans les couloirs du conseil général, un spectateur agacé commentant les chiffres de hausse d'impôts avancés par Claude Roiron, la nouvelle présidente socialiste du conseil général d'Indre-et- Loire. Evidence biblique : pour son premier débat d'orientations budgétaires, Claude Roiron a choisi de frapper fort. Une lourde hausse d'impôts sur trois ans alors même que durant la campagne, la candidate s'était engagée à la stabilité fiscale. Certes, aujourd'hui, la présidente avoue : « nous avons fait cette promesse légèrement et j'en suis contrariée » mais pour justifier ce changement de cap, il lui faut bien porter des accusations contre la gestion de l'équipe précédente. « Budget insincère » accuse la présidente, « on ne savait pas ce qui se passait ». La ficelle est un peu grosse et classique. Tant pis pour l'ancien président centriste du conseil général Marc Pommereau, qui se voit condamné à défendre la sincérité de ses budgets... Et pour cause, en langage financier, un budget insincère, c'est un budget tronqué, falsifié...
On comprend la colère des élus de droite. D'autant que les résultats de l'audit réalisé à la demande de la nouvelle présidente du conseil n'ont pas permis de soulever d'incohérences majeures dans la gestion de l'équipe précédente. Seule accusation : la dérive du coût du périphérique de Tours (147 millions d'euros en 2000 pour 168 millions d'euros sept ans plus tard) mais les euros de 2000 ne sont pas les mêmes que ceux de 2007 et l'argument est d'autant plus partial que le dossier a fait l'objet d'un consensus politique au Département et dans l'agglomération... Reste donc à justifier cette forte hausse de la fiscalité demandée par la nouvelle président. « Le département doit jouer son rôle d'amortisseur social en période de crise... Nos dépenses sociales vont passer de 215 millions d'euros à 230 millions d'euros de 2008 à 2009... » Voilà pourquoi il nous faut augmenter les impôts, justifie en substance Claude Roiron. De son côté, l'opposition de droite a beau jeu de souligner que toutes ces hausses d'impôts vont induire un surcroît de recettes en 2009, mais pour faire quoi ? Sur le fond, la hausse d'impôts exigée par Claude Roiron peut évidemment se justifier. D'abord par un argument politique. Augmenter d'abord puis stabiliser en fin de mandat. En d'autres temps, Michel Sapin, ancien président PS du conseil régional – et plutôt compétent en matière de finances - avait adopté à peu près la même posture... Ensuite par un souci d'anticipation de problèmes à venir : l'Etat n'en finit plus de se désengager. Et dans le domaine du RMI et du RSA, cela risque d'avoir des conséquences très lourdes... Mais sur la forme, les interventions de Claude Roiron sont désastreuses. D'abord parce que son argumentation est faible. Si elle peut planifier une forte hausse de la fiscalité locale, c'est aussi parce que l'équipe précédente avait maintenu un niveau d'imposition plutôt plus faible que celui des départements voisins... Ensuite parce que le niveau d'endettement du département d'Indre-et-Loire (3,82 années pour rembourser la dette, rien d'inquiétant) est raisonnable même s'il a tendance à augmenter... Et l'argumentation de Claude Roiron est suffisamment faible pour que son principal bras droit, le maire socialiste de Joué-les-Tours, Philippe Le Breton (par ailleurs banquier), plaide en faveur d'une hausse inférieure à 10%... La posture adoptée d'ailleurs par Claude Roiron est d'autant plus faible que la présidente campe sur un discours agressif et violent... Peu adapté au tempérament tourangeau et plutôt inhabituel dans les enceintes départementales où traditionnellement, opposition et majorité travaillent dans un climat serein... D'ailleurs, en interne, la méthode Roiron passe mal. Déjà un vice-président aurait menacé de remettre sa démission... A ce jour, le département d'Indre-et-Loire est le seul de France où les vice-présidents n'ont pas reçu leurs délégations de signature... Tout est centré autour de la présidente et c'est l'embouteillage en permanence souligne-t-on dans les services où règne un flou artistique... Bref, Claude Roiron va devoir rapidement calmer le jeu si elle veut utiliser le Département comme plateforme à un avenir politique plus centré sur Tours...
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