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Catherine Refabert ou l'épopée des poupées Corolle Version imprimable Votre email
Écrit par La Tribune de Tours   
04-02-2010
corolle-portrait-grand.jpgAvec sa peau souple, son visage de nouveau- né et son odeur de vanille, la poupée Corolle s'est vendue à près de dix millions d'unités dans le monde, depuis sa création, en 1978. Une entreprise tourangelle est à l'origine de ce succès industriel, mais qui le sait ? De 1978 à 1996, Catherine Refabert, styliste et PDG de l'entreprise implantée à Langeais, a créé pas moins de quarante modèles différents, de “Bébé chéri“ à “Bébé trésor“. Aujourd'hui âgée de 71 ans, elle se consacre à la solidarité internationale. Malgré son hyper activisme, la dame est toujours aussi élégante. De Corolle à l'engagement bénévole, Catherine Refabert a mis son coeur, son ouvrage et sa vie au service des tout-petits. 

Catherine Refabert doit sa passion à son grand-père, de nationalité russe et peintre de miniatures. Elle est née en 1939 et son enfance parisienne a fortement été marquée par la guerre. « La période était aux économies » précise celle qui confie avoir « inventé ses propres jeux » et se souvient de sa première poupée comme si cela remontait à hier. C'était pourtant en 1944, à Noël. Théâtre, spectacle : la petite fille grandit dans une famille d'artistes, baignée par la littérature de Gogol, de Pouchkine. Une fois son baccalauréat en poche, elle rentre à la Sorbonne pour une licence de russe. Et croise le chemin de Jacques, étudiant en lettres. Une rencontre qui a changé sa vie, amoureuse, et professionnelle, aussi : « de 1960 à 1970, j'ai fait ses armes en tant que styliste aux côtés de mes beaux-parents, alors à la tête des poupées Clodrey ». L'entreprise familiale est en plein développement. « Pour gagner en surface, Clodrey quitte Paris et installe ses ateliers à Langeais en 1960 » se souvient Catherine Refabert. Le jeune couple s'installe alors en Touraine, et de fil en aiguille, s'apprête à prendre la relève de la petite entreprise, surnommée "La Poupeterie". En 1978, la relève est officiellement assurée. Le couple crée la marque Corolle. La marque à l'effigie fleurie est née, avec, dans ses ateliers sur la zone industrielle de Langeais, une vingtaine de salariés. Ce que la nouvelle PDG ignore à l'époque, c'est qu'ils seront, vingt ans plus tard, au nombre de 400. Catherine Refabert est alors la créatrice en chef. C'est à elle que l'on doit tous les modèles traditionnels, "Bébé chéri" y compris. Au-delà des frontières, les acheteurs se font tout petits devant la poupée. Face à Barbie l'ultra-féminine, Corolle l'ultra-maternel tient bon la barre, et exporte jusqu'à la moitié de sa production, uniquement à destination de détaillants spécialisés. Le secret du bébé ? « Les modèles étaient adaptés à la taille et au poids des enfants. Et puis, aussi, la gamme Corolle avait l'avantage de proposer des visages qui ressemblaient vraiment à ceux des enfants, contrairement aux poupées des années 50, très maquillées. Bébé chéri, avec sa taille de 55 cm, avait vraiment l'allure d'un nouveau-né » dévoile la créatrice. A Langeais, l'entreprise produit une quarantaine de modèles, presque entièrement à la main. « Exclusivement des femmes travaillaient dans nos ateliers, sauf sur les machines à mouler » précise Catherine Refabert. Les ventes se multiplient, et le chiffre d'affaires, aussi, va croissant. « De cinq millions de francs la première année, on est passés à 200 millions en 1996... » Bébé Corolle est alors devenu grand, et attire les convoitises. En 1990, le géant Mattel réitère une proposition d'achat. Les Refabert, moins convaincus de la pérennité du "made in France" acceptent. Six ans plus tard, ils prendront leur retraite. Les deux enfants, l'un spécialisé dans l'informatique et l'autre dans le conseil en entreprise, ont pris des voies différentes. Et le successeur ne maintiendra la production à Langeais que quelques années seulement. A partir de 2000, les poupées Corolle sont fabriquées en Chine. Que reste t-il de l'époque langeaisienne ? « Peu de choses, seulement les moules » constate Catherine Refabert, qui admet une légère déperdition de la qualité des poupées. Les modèles ont t-ils la même peau de bébé ? Les vêtements la même finesse ? Difficile de le dire, tant notre regard d'adulte est tronqué, mais une chose est sûre : « il se vend de moins en moins de poupées... » regrette la Tourangelle, qui a tourné la page, depuis sa retraite. La femme s'investit aujourd'hui dans Inner Wheel, réseau mondial d'entraide pour les femmes et les enfants, où elle est vice-présidente internationale. Elle vient d'ailleurs de recevoir à ce titre les insignes de commandeur dans l'Ordre national du Mérite.

Claire Robin

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