| Régionales : Jean Delavergne, un pied-noir au coeur vert |
|
|
| Écrit par La Tribune de Tours | |||||||
| 04-03-2010 | |||||||
Jean Delavergne, 57 ans, conseiller régional
(Verts) sortant et chef de file d’Europe Écologie
aux élections régionales dans le Centre,
est un gamin de la ville, entré dans l’écologie
par une porte dérobée : « beaucoup se sont engagés
pour préserver la planète, moi ce serait plutôt
en réalisant que la sagesse de l’homme ne
progresse pas au même rythme que le progrès
scientifique ». Concrètement, sans être partisan
du retour à la bougie, il lui semble que le principe
de précaution est insuffisamment pris en compte,
entre autres sur la culture des OGM et les nanotechnologies.
Né en 1952 à Alger, Jean Delavergne a vécu ses
dix premières années en Algérie, baigné dans une
atmosphère très politique liée à la guerre, avant
d’être rapatrié en France en 1962, comme la plupart
des pieds-noirs. S’il dit ne pas avoir été trop
marqué par la guerre, elle a joué le rôle de déclencheur.
« Les gens ne se rendent pas assez
compte qu’il y a des dimensions politiques qui
peuvent avoir des conséquences fortes sur la vie
de tous les jours. » En mai 68, Jean Delavergne
n’a que 16 ans, il vit à Bordeaux avec son père,
juge de paix en Algérie et sa mère pied-noir, laborantine
de formation puis mère au foyer. « Je
ne suis pas un soixante-huitard, ou alors vraiment
“tard” », plaisante ce père de deux enfants, âgés
de 26 et 24 ans.
Sa fibre écolo, il la puisera ailleurs, en passant
une grande partie de ses vacances au vert, dans
les fermes de ses oncles, dont un viticulteur dans
le Bordelais et un autre éleveur de bovins en Charente.
Passionné de voile, qu’il pratique jusqu’à
ses 25 ans, Jean Delavergne dit avoir « une approche
sensible à la nature ». Domicilié au Poinçonnet,
commune au sud de Châteauroux (Indre),
il suit des études de sociologie à Bordeaux,
jusqu’à ce qu’il décroche un CAPES de sciences
économiques et sociales. En 1978, il est nommé
professeur à Châteauroux, une région qu’il ne
quittera pas. Responsable d’une association antiraciste
dans l’Indre, il éprouve l’envie de se lancer
en politique « lorsqu’à Dreux ça a commencé
à être chaud (ndlr : en 1983, le FN fait alliance
avec le RPR pour remporter la ville) et, aussi,
dans les années 80 quand il y a eu plusieurs projets
d’enfouissement de déchets nucléaires dans
l’Indre.» Il franchit le pas en 1989, en tant que
maire-adjoint à Châteauroux, en charge de l’environnement,
de l’eau, de l’assainissement et des
déchets (puis de la politique de la ville, jusqu’en
2001). Il doit alors surmonter une première grosse
crise de l’eau, à la suite d’une pollution d’origine
agricole. « A ce moment là, j’ai été amené à avoir
une vision pratique de l’écologie. Puis, on a mis
en place la première usine de traitements des déchets
avec compostage… » Dans le même
temps, il devient délégué à l’Etablissement public
d’aménagement de la Loire et de ses affluents
(EPALA), devenu l’Etablissement public Loire
(EPL). Il apprendra en prenant des coups, au
contact notamment de Jean Royer, alors maire
(DVD) de Tours : « disons que j’étais à 100 % en
désaccord avec lui mais c’était un grand monsieur
quand même. » En 2004, il est élu au conseil régional
du Centre, sur la liste du socialiste Michel
Sapin.
Aujourd’hui Jean Delavergne se dit motivé par la
notion de rassemblement au sein d’Europe Écologie,
« alors que pendant plusieurs années, nous
avons été marqués par des péchés de
jeunesse ». Quant à savoir dans quel courant il
se situe, il botte en touche, mais glisse sa préférence
pour Cécile Duflot, actuelle secrétaire nationale
des Verts.
Jean Delavergne reconnaît ne pas être « un modèle
» d’écologiste : « Évidemment, j’ai des ampoules
basse-consommation et ma maison est
bien isolée... » En revanche, contraint « par les
horaires compliqués du train », il emprunte plus
souvent sa voiture qu’un vélo au quotidien. Mais
Jean Delavergne, n’apprécie guère les discours
moralisateurs pour susciter le virage vert auquel
il aspire. « On a besoin de changements politiques
! Le Conseil régional doit faire un effort
exemplaire sur les lycées, par exemple, et nous
nous disons qu’il faut mettre 100 millions sur 10
ans sur leur isolation avec des énergies renouvelables.
»
Ses amis le décrivent comme un militant « sur
tous les fronts depuis 30 ans », très actif pendant
les campagnes. Ses détracteurs, y compris dans
son propre camp, s’agacent néanmoins de son
ton « très prof » et de ses prises de position « souvent
rigides ». Jean Delavergne ne découvre pas
cette critique : « Un jour, Jean-Pierre Sueur (sénateur
PS et ancien maire d’Orléans), pour qui j’ai
plutôt de l’estime, m’a traité d’intégriste. Car
quand je suis arrivé à l’EPALA, je me suis retrouvé
avec une assemblée où tout le monde, à droite
comme à gauche, était d’accord pour faire des
barrages sur la Loire. A l’époque, en ne voulant
pas tout bétonner, nous étions considérés comme
des extrémistes. L’histoire a montré qu’on avait finalement
plutôt raison…» Jean Delavergne n’a
pas la langue dans sa poche, y compris lorsqu’il
critique la mandature de François Bonneau, président
sortant (PS) du Conseil régional : « Si nous
revenons aux affaires, on ne refera pas le coup
de l’A19, ni de la subvention à Ryanair et nous
serons plus rigoureux sur les aides aux grandes
entreprises ! »
Charles Centofanti
Powered by !JoomlaComment 3.23
3.23 Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved." |
|||||||
| < Précédent | Suivant > |
|---|